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Professionnels & enfants, bien-être partagé. Témoignage d’Anaïs Rousseau (AES à l’école communale d’Izier – Durbuy)

À l’heure actuelle, le bien-être au travail est une notion essentielle. Mais dans notre cas, le bien-être des enfants est tout aussi important. Dès lors, quoi de plus logique que de trouver des solutions afin de combiner les deux et que chacun y trouve son compte ? C’est pourquoi j’essaie, au quotidien, de mettre en place de petites choses nous permettant, aux enfants et à moi-même, de passer une journée amusante et sereine. Ainsi, chacun d’entre nous prend plaisir à être à l’école !

Être cohérent (ou ne pas crier “arrêtez de crier”)
Il est bon pour tout le monde d’éviter la surenchère de cris (qui énervent les adultes comme les enfants). Lors du repas de midi, si le groupe est bruyant, j’évite de crier pour réclamer le calme. J’utilise une posture qui montre clairement que j’attends le silence pour pouvoir m’exprimer. Il y a forcément au moins un enfant qui le remarque. On entend alors quelques “chuuut, Madame attend” et le calme revient naturellement. J’estime toutefois qu’il est normal que les enfants, tout comme nous, discutent en mangeant. Le bruit est donc inévitable.

Proposer plutôt qu’imposer
Au lieu d’imposer à l’enfant une charge/un travail, je propose de lui confier une mission. Ça fonctionne à tous les coups car l’enfant se sent important et privilégié. Que ce soit pour faire passer un message aux enseignants ou aller chercher/ranger du matériel, utiliser le mot “mission”, c’est magique !

L’humour : un atout essentiel
Je pense que l’humour occupe une place importante dans une relation avec un enfant. Il est important de rire à leur blague (pas drôle) et, encore mieux, d’en raconter une en retour. J’adore aussi lancer des piques aux enfants (à certains, pas à tous, il faut choisir des enfants qui maîtrisent l’humour) mais j’accepte alors évidement d’en recevoir en retour (c’est justement parce que ça va dans les deux sens que c’est de l’humour). Attention toutefois à bien maîtriser le sujet car il faut être capable de recadrer si nécessaire (chacun doit rester respectueux) sans frustrer l’enfant. Plus ils sont grands, plus l’humour peut être présent, mais j’ai l’exemple d’une élève de troisième maternelle avec qui cela fonctionne très bien.

Il n’y a pas d’âge pour être amoureux
Toujours prendre les soucis des enfants au sérieux est bien sûr la base, mais il ne faut pas oublier que cela concerne également les peines de coeur et les “problèmes de couples” (oui, oui, de “couples”, selon eux). Les minimiser, c’est vraiment risquer de blesser l’enfant. Eh oui, les thérapies de couples font aussi partie de notre boulot !

Partager des centres d’intérêt
Partager des passions ou mettre en avant des points communs avec les enfants est également une belle manière d’entretenir nos relations. Ils sont contents et en confiance car ils se sentent compris, importants. Personnellement, ça peut être une lecture commune (Harry Potter, ça fonctionne généralement), une série, un film ou autre programme télé (papoter le lundi matin au sujet du dernier éliminé de la Star Ac’), discuter de nos collections respectives… Bref, leur montrer qu’un enfant et un adulte peuvent partager des centres d’intérêt. Et si un enfant me parle d’une passion qui ne m’intéresse pas du tout, j’ai souvent mon frère/une copine/mon papa (etc.) qui aime aussi, et je le dis. Le tout est de donner de l’importance à ce qui est important pour eux.

Jouer avec eux au lieu de les regarder
Par moments, les enfants tournent un peu en rond dans leurs choix de jeux. Si je souhaite que ça varie un peu, je lance “J’ai envie de jouer à ça aujourd’hui, ça intéresse quelqu’un ?” et ça aussi, ça marche à tous les coups.

Tenir compte de leurs envies
Lors des derniers achats de jeux/matériel pour l’accueil, il restait du budget. Plutôt que de chercher des idées en vain et/ou acheter “n’importe quoi”, j’ai demandé à des enfants ce qu’ils souhaiteraient. Ils m’ont donné des idées (des jeux auxquels je n’aurais jamais pensé) mais ils étaient surtout contents et fiers d’avoir été concertés. C’est un excellent moyen pour qu’ils se sentent accueillis chez nous…qu’ils se sentent “chez eux” !

Toujours pointer le positif
Il est également important de toujours mettre en avant et féliciter les comportements/ changements positifs. Dans notre quotidien, on pointe sans cesse les comportements négatifs (qui donnent éventuellement lieu à des sanctions). S’il est normal de ne pas laisser passer un non-respect des règles, il l’est tout autant de souligner lorsqu’un enfant nous rend fier grâce à des initiatives telles que :

  • M. (issu d’une famille peu ouverte) qui prend spontanément sous son aile un petit nouveau étranger ;
  • un grand qui prend soin d’un petit (qui s’est fait mal, par exemple) sans qu’on le sollicite ;
  • A., en difficulté scolaire, qui était certaine de rater sa dictée ou son contrôle et qui a réussi ;
  • C., souhaitant de la soupe, qui propose de vite laver quelques bols car ils sont tous sales ;
  • A., qui constate qu’un enfant (avec qui elle n’est pas copine) n’a rien à manger et lui donne une partie de son dîner ;
  • et bien d’autres encore …

Il ne faut donc surtout pas hésiter à féliciter ces comportements haut et fort devant tout le groupe. Cela rend fier l’enfant concerné et encourage d’autres à faire de même.

Com-mu-ni-quer !
N’est-ce pas la base de notre métier ? Dès le matin, dès l’arrivée de l’enfant à l’école, il faut créer un lien en communiquant avec lui. Un “bonjour” suivi de son prénom (pour bien montrer que je m’adresse à lui), lui demander comment il va, etc. Je veux qu’il sache que je m’intéresse à lui, et ce, tout au long de la journée : il ne faut pas négliger un enfant qui a quelque chose à raconter, et si ce n’est pas possible de l’écouter dans l’immédiat, je lui dis, et je reviens vers lui par après.
C’est aussi valable dans le cadre d’une dispute : il est important de toujours écouter chaque version afin d’être le plus impartial possible et ne pas partir avec des préjugés ou faire des généralités. Ce n’est pas parce qu’un enfant est plus difficile que c’est forcément toujours lui le problème. Je souhaite impérativement écouter et être attentive à chaque enfant de la même manière et j’essaie au maximum de trouver des solutions pour que chacun soit satisfait, même si ce n’est pas toujours évident.

Pour terminer …
Dans un monde qui fonce à cent à l’heure, il est primordial, avec les enfants, de prendre le temps. Lorsque l’on gère un groupe d’enfants, on a machinalement tendance à vouloir les presser. S’habiller vite, se déshabiller vite, manger vite, s’expliquer vite. Il est donc vraiment nécessaire d’apprendre à patienter, se mettre à leur rythme, à leur niveau. Et surtout, n’oublions jamais que les enfants sont des éponges : plus on s’énerve, plus ils seront énervés … donc, plus on reste calme, plus ils le seront aussi. “La zen attitude”, c’est peut-être ça, le secret du bien-être partagé ?

 

Texte d’Anaïs Rousseau, AES à l’école communale d’Izier, comme de Durbuy

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